Pourquoi Agile est en train de conquérir le monde – Traduction de “Why Agile Is Eating The World”

This blog post provides a translation of the article “Why Agile Is Eating The World” written by Steve Denning.

Pourquoi Agile est en train de conquérir le monde

En 2011, Marc Andreessen écrit dans The Wall Street Journal son célèbre essai, “Why Software Is Eating the World“, qui a créé le cliché que “chaque entreprise a besoin de devenir une entreprise informatique.” (Une mise à jour importante par Jeetu Patel sur la situation en 2016 est disponible “Software is still eating the world.”)

Dans un sens, l’article de Andreessen en 2011 était remarquablement en avance. En 2011, Wall Street fait preuve de condescendance envers les entreprises informatiques. Andreessen dit alors à Wall Street : “Faîtes attention ! Ces entreprises ont plus de valeur que ce que vous pensez”. Et Wall Street a écouté. En 2018, les cinq plus grandes entreprises par capitalisation dans le monde sont des entreprises informatiques : Amazon, Apple, Facebook, Google et Microsoft.

Mais il se trouve que Andreessen avait à moitié raison. Ce n’est pas tout l’informatique qui est en train de conquérir le monde : General Electric vient juste de le montrer de façon spectaculaire: ils ont massivement investi dans des solutions logicielles et le résultat est qu’après cinq ans, le CEO et ses proches collaborateurs ont été virés. Des situations similaires sont en cours chez Intel, P&G et HP.

Il s’avère que ce n’est pas simplement le “logiciel” qui conquiert le monde. Les entreprises sont en train d’apprendre à leurs dépens que le logiciel nécessite une approche différente pour mener avec succès une organisation. Les entreprises doivent être agiles, adaptables, capables de s’ajuster dynamiquement pour satisfaire les caprices d’un marché où les clients font la pluie et le beau temps.

Ce type de management allait – et va encore aujourd’hui – au-delà des capacités des mammouths industriels du 20ème siècle. Ce sont les entreprises qui sont vraiment “Agile” qui sont en train de conquérir le monde (qu’elles se disent ou non être “Agile”).

En fait, de nombreuses entreprises IT qui ont réussi n’utilisent pas le label “Agile” pour décrire leur manière d’exister. À la place, elles évoquent “the Google way” (l’approche Google) ou une “culture startup“. Parmi les big five, Microsoft est la seule à utiliser explicitement le label “Agile“.

Microsoft headquarters

Peu importe le label utilisé, les entreprises informatiques à succès sont toutes reconnaissables car elles ont implémenté ce qui fait l’essence de Agile – un focus sur délivrer de la valeur aux clients, travailler en petites équipes sur des cycles courts et une organisation qui promeut la mise en réseau, plutôt qu’une bureaucratie top-down et des silos. Ce sont les entreprises qui ont investi dans le logiciel tout en gardant les structures et pratiques de management du 20ème siècle qui ont échoué.

Comme résultat, le monde entre dans une nouvelle ère : l’ère de Agile. Une révolution inarrêtable est maintenant en cours dans notre société, touchant presque tout le monde. Les organisations Agiles mettent en connexion tout et tout le monde, partout, tout le temps. À grande échelle, elles sont capables de délivrer de la valeur très personnalisée, instantanément et sans friction. Elles créent un monde dans lequel les personnes, les idées et l’argent interagissent rapidement, facilement et à bon marché. Pour certaines entreprises, la révolution est belle et réjouissante. Pour d’autres, elle est sombre et menaçante.

On peut trouver en permanence des exemples brillants de cette nouvelle manière de gérer les organisations. Ça ne concerne pas seulement les cinq plus grosses sociétés par capitalisation boursière : Amazon, Apple, Facebook, Google et Microsoft. Ce sont aussi les entreprises comme Airbnb, Etsy, Lyft, Menlo Innovations, Saab, Samsung, Spotify, Tesla, Uber et Warby Parker. En même temps, ce qui permet à certaines entreprises de progresser est nuisible aux autres, comme les bureaucraties leaders des plus gros marchés ont manqué les transformations qui changent la donne, à chaque industrie.

Tout simplement, c’est bien Agile, et pas seulement le logiciel, qui est en train de conquérir le monde. Comme d’habitude, avec tout changement important de la société, il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles. Commençons avec les bonnes nouvelles.

Bonne nouvelle n°1 : les clients sont responsables

Les entreprises gagnantes sont celles qui délivrent de la valeur instantanée, fortement personnalisée et sans friction aux clients. Un monde dans lequel les personnes, les idées et l’argent interagissent rapidement, facilement et à bon marché est un monde qui a transformé l’existence humaine – tout est plus facile et plus pratique. Aujourd’hui il est même difficile pour les jeunes d’imaginer comment le monde était il y a trente ans. Comment les gens faisaient sans téléphone portable ni Internet ? Ca semble carrément archaïque, comme le monde avant l’invention de la roue.

Bonne nouvelle n°2 : la fin de “l’esclavage-salarié”

A cause des formidables gains en terme de prospérité matérielle générés régulièrement par la Révolution Industrielle à partir de la fin des années 1700, il était facile de négliger le fait qu’ils sous-tendaient une sombre affaire : un grand nombre d’êtres humains ont accepté de se vendre comme “esclaves-salariés”. De manière juste ou non, ils ont accepté d’être traités comme des esclaves tout en étant au travail. Sur le lieu de travail, ils ont accepté de suivre des ordres, même si ces ordres étaient avilissants, stupides ou simplement incorrects, c’est-à-dire de l’esclavage. Bien sur, il y avait du travail intéressant dans certaines parties de certaines organisations. Mais ça reste des exceptions. Ce qui était valorisé était de suivre diligemment les ordres.

Donc, bien que l’esclavage fut aboli dans la sphère politique au milieu du 19ème siècle, il a continué d’exister dans le milieu professionnel par la forme de l’esclavage-salarié, même si cette expression connait peu de partisans. La réticence face à cette réalité sociale vient du fait économique que l’esclavage-salarié était utile : il a apporté une immense amélioration de la prospérité matérielle pour une grande partie de la société, au moins pour la plupart des pays développés. Le fait qu’il a mené la plupart des humains à une existence amoindrie spirituellement était juste un regrettable effet de bord du “progrès”.

En tant que modèle économique, l’esclavage-salarié a donc perduré de la fin du 18ème au milieu du 20ème siècle. Puis quelque chose a mal tourné. Il s’est avéré que les esclaves-salariés ne pouvaient pas produire ce que l’économie avait alors besoin. Dans un marché chamboulé par la globalisation, la dérégulation, le travail qualifié et les nouvelles technologies, les entreprises nécéssitaient alors initiative, innovation, implication, intelligence, passion – tout l’opposé des esclaves-salariés.

La conséquence est qu’un nouveau type de management fut nécessaire pour permettre à ce nouveau type de travailleur d’exister. Cette façon de gérer une organisation était désignée par certains comme étant “Agile“. D’autres donnaient d’autres noms. Mais peu importe le nom, ce n’était pas juste un nouveau process. C’était une manière fondamentalement différente de gérer les organisations. C’était économiquement plus productif. Et cela a potentiellement un immense bénéfice pour l’esprit humain. Cela peut créer des lieux de travail qui offrent aux êtres humains de mettre en oeuvre tout leur talent sur quelque chose d’utile et significatif – comme créer de la valeur pour les autres êtres humains.

La fin de l’esclavage dans la sphère politique fut une grosse affaire ; la fin de l’esclavage-salarié au travail est aussi une grosse affaire.

La mauvaise nouvelle : une nouvelle époque dorée… plus sombre

Comme pour tout changement sociétal important, il y a aussi des inconvénients. Avec un article éclairant dans Amercian Prospect, David Dayen dresse un résumé des problèmes : “Big Tech: The New Predatory Capitalism.” Il explique que “les géants de la tech menacent la démocratie, la vie privée et la compétition” et demande : “Peuvent-ils être ‘nettoyés’ ?”

Ainsi, le logiciel et Agile connaissent tellement de succès, qu’ils apparaissent maintenant comme une menace pour la liberté de la société, de manière très semblable, mutatis mutandis, aux grosses entreprises industrielles de la fin du 19ème siècle (ferroviaire, pétrole, métallurgie) qui avaient été démantelées par des personnalités anti-trusts comme le Président Theodore Roosevelt. Un scénario similaire doit arriver concernant les grandes sociétés informatiques. C’est un travail pour le secteur public, et l’article de Dayen en dresse l’agenda. Il est difficile de voir comment tout ceci va se produire dans le contexte politique actuel. Mais ça doit arriver, pour qu’une société libre survive.

The Standard Oil company

La nécessité actuelle : adopter Agile

Pour le secteur privé, attendre une action anti-trust n’est pas une solution. Continuer avec les structures et pratiques de management typiques des géants industriels du 20ème siècle ne va rien résoudre. Pour survivre, et surtout pour prospérer, les entreprises doivent apprendre à faire avec la nouvelle réalité du business : elles sont maintenant dans l’ère de Agile.

MOOC ‘Du manager Agile au designer leader’ – semaine 4 – Le manager designer

Quatrième (et avant-dernier) billet consacré au MOOCDu manager Agile au designer leader‘ (ou ‘From an Agile manager to a designer leader’, il est traduit en version anglaise) avec quelques notes sur ‘Le manager designer‘.

Vous pouvez trouver mes notes concernant ‘Le métier de manager’ (semaine 1) , ‘Digitaliser le management’ (semaine 2) et ‘Devenir Agile’ (semaine 3).

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